A propos du
“Qigong” taoïste
Daoyin
vs Qigong ?
Le Tao se
manifeste par les mots.
Les mots sont oubliés par le Tao.
Discourir
sur la voie du Tao ne peut qu’entraîner critiques,
quolibets ou mépris de la part des scholastiques.
Cependant, mon professeur Hié Tsaï Yang m’a montré
clairement que le «chemin du Tao» pouvait être exposé
simplement, et que sa compréhension profonde dépendait plus
d’une pratique régulière de la voie que d’une
maîtrise de la langue chinoise.
Le
Tao des malentendus
L’esprit fondamental de
la philosophie du Tao est de trouver l’essentiel.
Ainsi la voie naturelle des anciens taoïstes dresse un pont
entre l’être ordinaire et de vastes potentialités,
souvent ignorées. C’est pourquoi ce chemin spirituel
et philosophique ne présente aucune difficulté
d’adaptation aux différentes époques et à la
diversité des cultures. Avant de définir le sens du mot Tao
(Dao en pinyin) dressons un bref inventaire de ce
qu’il n’implique pas.
Le Tao ne se définit nullement comme :
• une philosophie panthéiste matérialiste,
• une séquelle du chamanisme animiste,
• une pensée hédoniste et conciliante,
• une école basée rpincipalement sur des pratiques
eugéniques et hygiéniques.
Ces idées reçues sur la philosophie du Tao nous mettent en
garde contre une tentative hâtive d’interprétation,
ce qui serait un moindre mal, ou de récupération plus
malhonnête intellectuellement. Les sinologues n’ont
pas facilité les choses par leur choix répétitif des textes
commentés (cf le sempiternet Dao De Jing).
La traduction controuvée du terme “Qi” par
souffle n’en est qu’un triste exemple.
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Quelle est donc la
signification du mot Tao ? Il a le même sens que le
mot Giulu signifiant : les règles, et du mot Daolu, la voie
ou le chemin.. En fait, son sens profond exprimé par les
anciens sages est celui de “ chemin menant
fermement à la racine des choses ”.
Lao
Zi et la voie de l’eau
Le
maître taoïste contemporain Hié Tsai Yang de Taïwan
considérait toujours Lao Zi (Lao Tseu) comme une référence,
mais non comme un point de départ de l’étude de la
philosophie du Tao. Il déclarait que le célèbre classique,
le Daode Jing (Tao Te King), était en fait inintelligible,
sans un commentaire verbal d’un maître taoïste. Cela
explique la diversité, voire l’opposition des
nombreuses traductions disponibles de ce texte majeur de la
philosophie du Tao.
Ce livre de sagesse est une introduction au calme créatif
– le Wuwei – une action sans effort afin
d’atteindre l’équilibre et la force intérieure.
Lao Zi décrit l’harmonie qui en résulte, en
particuliers la conciliation du Yin et Yang sur la base
d’un potentiel spirituel élevé. L’équanimité et
l’harmonie intérieure sont les conséquences du
parcours de la voie naturelle prônée par Lao Zi, exprimée
en une allégorie politique. Le sage décrit dans cet ouvrage
se fond dans l’ordre naturel des choses, et
l’évolution de la société provient du changement des
individus et non de l’application des règles
établies, comme le préconise Confucius. L’homme tire
ainsi sa force de la nature et du développement de
l’énergie vitale, sans partager la conception
animiste des shamans de la Chine antique.
Le Daode Jing propose ainsi concrétement deux manières
d’entretenir la vie spirituelle : le travail direct
sur l’énergie (Le Qi de la médecine chinoise), et le
détachement des phénomènes mondains, qui obscurcissent la
conscience et brûlent la santé dans le feu des émotions
conflictuelles. Plus tard, les taoîstes nommeront ce trvail
: la voie de l’eau en oppoistions aux méthodes de
l’alchimie interne (Neidan) de la voie du feu.
L’alchimie
intérieure, voie du feu
Les
siècles qui ont suivi l’enseignement des trois sages
(Lao Zi, Zhuang Zi et Li Zi) ont parfois été perçus comme
une déviation du taoïsme originel; cependant le point de
vue des lettrés occidentaux n’est aucunement celui
des taoïstes eux-mêmes. Dès le IIIème siècle le taoïsme est
devenu une philosophie pratique et appliquée. On peut y
trouver indubitablement l’origine des pratiques du
Qigong moderne, comme l’a souligné le sinologue
Joseph Needham.
L’application de la voie fleurit dans la médecine et
la pratique de l’alchimie. Dès la dynastie des Qin
(221-207 avant J-C.) des taoïstes pratiquaient la chimie
des substances médicinales sous la forme d’élixirs, à
la cour de l’empereur Shi Huang Ti. Les
confucianistes considéraient d’un mauvais oeil ces
recherches, qui pourtant firent progresser la médecine
chinoise.
Les méthodes d’hygiène, de diététique et de
respiration fleurirent dès cette époque et constituent
l’essentiel du Daozang (Tao Tsang), le canon taoïste
composé de centaines de recueils d’auteurs
différents. Le but déclaré de la voie taoïste est
d’atteindre l’état de Xian ou
« d’ immortel ».
Ce terme a donné lieu en Chine et ailleurs à de nombreuses
interprétations et polémiques. Le Xian est un sage qui a
parcouru la voie et pratiqué le Xiudao, le chemin conforme
au Tao. Son esprit est éveillé, son énergie abondante et il
peut affronter la mort en sachant que sa conscience va
rester lucide. Quant à considérer qu’il ne mourra
point, c’est une légende entretenue par la religion
populaire. Les sages taoïstes pensent en effet que la mort
et le changement sont inévitables.
Cet éclectisme reste une caractéristique de la voie
naturelle du Tao. En fait, diverses sciences
traditionnelles sont utilisées pour arriver à un objectif
universel :
Cultive les neuf champs de
connaissance :
les aliments, les plantes médicinales, l’habitat
écologique, la lecture de textes sacrés, les exercices
énergétiques, la méditation, la créativité spirituelle,
l’enseignement , et surtout... la
compassion.
Leur approche naturelle de la physiologie énergétique amena
les sages du Tao à poser les bases de ce que l’on
nomme aujourd’hui médecine traditionnelle.
La connaissance des réseaux d’énergie subtile, les
Jing Luo, et l’interrelation entre les émotions et
les maladies ; la maîtrise des Qi internes ;
l’établissement de calendriers biorythmiques
complexes sont autant d’exemples de leur recherche.
La pharmacopée chinoise actuelle comprenant un savoir
thérapeutique sur plus de 3000 plantes et minéraux est
redevable à ces recherches uniques au monde.
Daoyin : la culture du Qi
De
tout temps, les taoïstes ont recherché la vérité et la
pureté par des méthodes de diététique, des cures de plantes
et surtout par un travail direct sur l'énergie: relaxation,
méditations et Qigong. Le terme Qigong est en fait une
expression moderne regroupant plusieurs méthode anciennes
chères aux taoïstes :
Réguler le Qi.,
Capter les énergies de la nature,
Enlever les stagnations du Qi,
Respirer en conscience,
Conduire le Qi dans les portes de Jade ( les points
d’acupuncture majeurs)
Développer le feu interne,
Rejeter l’impur et absorber le pur,
Ouvrir le petit circuit céleste...
Selon les taoïstes, l'énergie d'une personne ordinaire
stagne, bloquée par ses expériences stressantes et ses
propres comportements négatifs. Le maître taoïste, au
contraire, fait circuler son énergie, la nourrit par des
méthodes de respiration et de relaxation appropriées. Il
purifie son Qi par des visualisations en sachant que
l'esprit peut tout. Ce faisant, peu à peu les maladies se
font plus rares et un processus de réjuvénation se met en
place, ravivant le corps et le cerveau. Les peines et les
afflictions de la vie ont de moins en moins d'emprise sur
le mental, qui reste clair en toutes circonstances. Nous
pouvons remarquer ici l'intérêt de cette recherche dans
notre monde pris à son propre piège; la philosophie taoïste
appliquée constitue une ouverture et une chance par sa
connaissance profonde des énergies.
Les
3 périodes
On
peut considérer trois périodes importantes dans l'histoire
du Qigong taoïste:
La première s'étend de l'Antiquité à la dynastie des Han
(206 avant J-C.). Elle reste assez mystérieuse faute de
traces écrites. Les chercheurs s'accordent à penser que
pendant cette période, le taoïsme était une spiritualité
pure reflétée par les ouvrages de Lao Zi et de Zhuang Zi.
L’entraînement du Qi est cité implicitement par Lao
Zi: «
Concentrer le Qi et parfaire la douceur »
et par Zhuang
Zi: «
Les anciens respiraient jusqu'aux talons.»
Le livre des «
Annales historiques » décrit des méthodes de respiration.
Le trait commun de cette époque est que l'exercice du Qi et
de la respiration semble lié à la voie naturelle des
taoïstes.
La seconde période s'étend de la dynastie des Han jusqu'à
la chute de la dynastie des Qing (1911). C'est une histoire
très riche, où se mêlent les sources taoïstes, bouddhistes,
confucianistes et martiales. Des méthodes de Qigong sont
expliquées dans certains classiques médicaux, les traités
d'alchimie, les manuels d'hygiène naturelle tels que: le «
Nan Jing » « Les prescriptions de la chambre d'or », « les
“ Notes pour nourrir le corps et prolonger la vie
»... Les taoïstes étudient ces méthodes, souvent
secrètement, pour prolonger la vie et gagner l'illumination
spirituelle (Ge Hung l’alchimiste, l’immortel
Lu Dong Bin , les monastères de Hua Shan, Wu Dang,
Kunlun...). Les bouddhistes introduisent par Boddhidharma
les méthodes de la « transformation des tendons », des « 18
mouvements des Arhats », la très secrète « régénération de
la moelle ». Les pratiquants d'arts martiaux, généralement
des militaires à cette époque, furent crédités de
nombreuses découvertes dans le domaine des Qigong; un
exemple en est le général Yu Fei, à qui l'on attribue la
découverte des célèbres « 8 exercices du brocart » et du
style interne de combat: « Xing Yi ». Il en sera de même
pour la « paume des huit trigrammes » (Bagua Zhang), le
Taitsuzhang Quan (le style de l’empereur) et le
fameux Taiji quan.
Depuis la chute de la dernière dynastie et la chasse aux
mystiques sous Mao Ze Dong, certains styles ont disparu,
mais d'autres ont resurgi de leurs cendres: le Qigong de la
Grue taoïste, de l'Oie sauvage sont deux exemples de cette
renaissance des Qigong en Chine populaire. A Taiwan et Hong
Kong, sur la côte Ouest des Etats Unis et dans toute la
diaspora chinoise, on trouve maintenant des enseignements
qui étaient réputés « secrets » il y a encore une décennie.
En Chine, d'innombrables recherches en milieu hospitalier
montrent le bien-fondé des assertions des anciens: le
Qigong est une pratique bénéfique à la santé, qui peut dans
de nombreux cas aider à la guérison de nombre de troubles
chroniques. Au-delà de ce courant profond, il existe
certainement en Chine une mode des Qigong qui reporte des
aspirations spirituelles brimées de toute une nation.
L’un des exemples de renouveau contrôlé est celui de
l’école Wudang.
Wudang
: L’école des cinq pics
Wudang
est situé dans le comté de Danjiangkou, au nord-ouest de la
province de Hubei. Il comprend : 72 pics, 36 rochers
escarpés, 24 ravins, 11 grottes, 9 torrents. Le Mont Wudang
est un célèbre lieu sacré du taoïsme en Chine.
D’après la légende, le grand empereur, Zhenwu,
premier ancêtre du Taoïsme, naquit à cet endroit, et on dit
que de tous les monarques de cette époque “ seul
l’empereur Zhenwu réalisa complètement le
Tao ”. Ces constructions ont été conçues selon
les règles taoïstes du Feng Shui, en harmonie avec le
terrain composé de corniches, pics, ravins et vallées, ce
qui les rend à la fois imposants et mystérieux.
Ces montagnes abritaient l’école taoïste de
l’Etoile Polaire qui combinait la pratique de la
méditation (alchimie interne – neidan) et la pratique
du Gung fu taoïste. De nombreuses écoles d’art
martiaux chinois sont issues de ces soixante-douze pics, y
compris des styles purement orignaux comme par exemple la
boxe du serpent et de l’aigle et le Taiji quan.
Comment concilier la pratique martiale et la recherche
spirituelle ? Ce paradoxe est résolu par le travail
sur la discipline et la concentration qui développent la
maîtrise.
Un proverbe taoïste l’exprime simplement :
Peux-tu être à la fois
guerrier et mystique ?
Peux-tu vaincre l’adversaire
suprême.?
Cet adversaire suprême, c’est l’ego attaché et
jaloux de ses possessions et qui entend faire respecter ses
acquis par la violence.. Un guerrier ordinaire voit en
toute personne un adversaire, un guerrier taoïste n’a
plus d’adversaire lorsqu’il a éliminé ses
propres points faibles.
Fondements du Qigong taoïste
Pendant la dynastie des Tang et
des Sung, le taoïsme spirituel s’est divisé en quatre
branches symboliques. Chacune de ces écoles mettait
l’accent sur le développement d’une pratique
particulière visant à développer le Qi (Daoyin ) :
L’école de l’Ouest demandait à engendrer une
concentration sur le Dantian abdominal et sur un point
situé en dehors du corps (le Dantian
“externe”).
L’école de l’Est insistait sur un point de
concentration situé derrière le Dantian, entre les deux
reins.
L’école du Sud travaillait la concentration sur le
“palais écarlate” situé dans la poitrine.
L’école du Nord situait son attention en plein centre
du Dantian.
Quelle que soit la méthode appliquée, les quatre écoles se
basent toutes sur les quatre “enseignements” de
Lao Zi :
Le calme intérieur,
le non-agir (wu-wei) ,
l’attitude spontanée,
et l’existence et la mort.
Pour toutes ces branches de la philosophie du Tao, deux
points essentiels prévalaient :
la mise en pratique, et surtout :
l’autorité de l’enseignement direct du maître
accompli.
Le premier point implique l’étroite union entre la
compréhension et la perception du Qi. Sans cette union du
Shen et du Qi, la voie du Tao ne peut être
qu’intellectuelle ou plus simplement
incompréhensible.
Sans l’aide du maître l’expérience est
possible, mais au-delà d’un certain point elle peut
s’avérer dangereuse ou délicate. Ce danger est en
fait lié à la purification préalable des trois niveaux et à
une motivation incorrecte. Un exemple de cette motivation
incorrecte est la recherche des pouvoirs ou le simple désir
de prolonger sa vie dans un but mondain.
Le point de départ de la voie du Tao part d’une
constatation semblable à la voie du bouddhisme exprimée par
le sage Gao Henian au xixe siècle :
“Le monde éphémère
est comme une grande peur sans fondement, sans réalité
durable. Les rumeurs et les élaborations intellectuelles ne
peuvent remplacer une conviction sincère. Tout comme un
buffle n’est pas conscient de sa grande force,
l’homme ne voit pas s’écouler sa vie.”
Le point de départ de cette
quête est exprimée par l’idée des huit grands
archétypes du Yijing dont l’émanation corporelle
forme les huit méridiens ancestraux. Le grand médecin Li
Zhi Zhen a dit :
“Les huit méridiens
extraordinaires sont l’origine du Grand Tao et sont
les représentants ancestraux du Qi primordial du Ciel
antérieur.”
Le Yijing a représenté cette génération du Taiji selon le
célèbre schéma du Wuji gravé sur les montagnes de Hua Shan.
La base et la pratique, tant sur le plan énergétique que
spirituel, reposent sur l’expérience de la vacuité et
de la plénitude. Cette expérience n’est pas proposée
comme une simple compréhension intellectuelle, mais comme
la réalisation d’une expérience concrète. Sur le
fondement d’une pratique de concentration et de
contemplation, le taoïste ressent en lui-même la différence
entre l’activité et le non-agir (Wuwei).
Symboliquement cette étape est comparée au retour à la
naïveté de l’enfance et représente une somme de
potentiel en plein développement, riche de promesses de
maturité. Il ne s’agit pas, bien sûr, de renverser
l’horloge biologique et de redevenir de fait un
enfant. Cette phase précise le Qi et le sang (Xue), donc le
Yang et le Yin. Cette mise en contact alchimique
s’effectue par la pratique alternée de la
concentration et de la détente.
Le processus de concentration du Yin et du Yang permet
ainsi une découverte des énergies subtiles et un
rafraîchissement de la conscience, semblable à la
spontanéité de l’enfance. La loi biologique impose à
l’homme de mourir. Dans un premier temps les sages
taoïstes conseillent d’éviter la maladie, de
rafraîchir la conscience et de prolonger la vie consciente.
Ce point de vue, différent d’autres écoles
asiatiques, a permis un développement des sciences de
l’hygiène et de la santé, synthétisé dans la médecine
chinoise qui est en fait le côté pragmatique de la voie du
Tao.
Les pratiques de l’école du Sud reposent sur
l’expérience de la vacuité (Kong). Pour y parvenir,
les taoïstes prônent le non-agir, décrit comme une
disponibilité consciente et éveillée. Ce Wuwei apporte le
calme intérieur qui permet ensuite d’expérimenter la
vacuité.
On se concentre ainsi sur les changements ou mutations du
Yin et du Yang. Au début, le plus important est de
développer la concentration. Sans cette concentration,
point de relaxation possible ; on confond le jour et
la nuit, le sommeil et l’éveil. Un proverbe chinois
dit que les bûcherons sont rarement insomniaques. La
journée, ils s’épuisent au labeur et ne peuvent donc
confondre le jour et la nuit. Pour bien se relaxer, il faut
avant tout être déjà capable de se concentrer.
Nombre de pratiques taoïstes commencent par ce que
l’on appelle la concentration sur le champ de cinabre
du ventre. L’attention se porte sur un point situé au
milieu du ventre, sous le nombril, on écoute sa
respiration, tranquillement. Puis la conscience va alterner
entre la concentration (le “plein”) et la
disponibilité spacieuse (le “vide”).
Alors s’ouvrent les portes du non-faire, la
non-assistance consciente et on reste dans l’état
d’éveil appelé non-oubli par les sages du Tao. Le
vieux sage Lao Zi ajoute :
“Richesses, gloire
et fortune sont comme de l’eau
croupie”
La conscience de l’impermanence est ainsi présente
pour inciter à la pratique sincère, comme l’exprime
le sage Fan des monts Taishan :
“Lorsque
l’être humain naît, sa sagesse n’est pas encore
développée. La sagesse vient quand il devient vieux.
L’esprit peut alors voir tous les phénomènes
s’élever et s’éloigner sans ressentir la
douleur de
l’impermanence.”
Puis le pratiquant du Daoyin va ensuite alterner entre le
vide et le plein, passant du non-faire au non-oubli. Cette
situation va provoquer le silence intérieur sans lequel
toute découverte de soi est impossible. Le terme chinois
“Song” implique cette totale relaxation qui va
bien au-delà d’une considération
psychosomatique :
Vient alors la conscience de la vacuité : on est
conscient d’être concentré ! Les maîtres disent
qu’il est alors possible de continuer ainsi ce
processus jusqu’au niveau qu’ils nomment :
“ le Grand vide de l’esprit ”.
Le traité du Zhonge ji décrit cette approche comme une
nouvelle forme de communication :
“Le silence est un
langage. Lorsqu’il existe un langage, le silence est
présent de façon fondamentale. Le langage du silence est la
formule secrète de
l’alchimie.”
Bien que se situant sur un niveau dialectique différent,
cet éloge du silence est à comparer à la terminologie de la
psychologie moderne prônant la verbalisation à outrance.
Avant d’y arriver, il existe de nombreuses étapes
intermédiaires liées à la capacité de l’adepte. Le
premier niveau consiste en la reconnaissance que seule
l’expérience est. Ce niveau est souvent décrit dans
les textes occidentaux comme “ ’ici et
maintenant ”. Il faut cependant savoir que les
maîtres taoïstes ne voient pas le niveau comme le but du
chemin, mais comme une simple étape pour faire cesser les
distorsions de l’intellect.
Ces quelques réflexions sur le Qigong taoïste nous montrent
que celui-ci dépasse largement la notion de simple
gymnastique énergétique. Selon ll’ancienne médecine
taoïste, le corps est une expression physique et
cristallisée d’énergies mentales. Bien que nous
pensions réagir spontanément aux événements qui nous
surviennent nous sommes déjà dans le passé car nous
réagissons seulement par nos sens. La maladie peut-être
alors considérée comme une sorte de programmation ou pire,
de prophétie personnelle. Cette vision se relie aux
énergies subtiles de ce que certaines école définissent
comme étant le karma.
Le Qigong du Tao consiste à nous faire retrouver notre
énergie originelle, notre tonnerre personnel en accordant
notre propre instrument, nos propres énergies avec les
énergies universelles, sans à priori religieux ou
psychologique. C’est pourquoi ce type de discipline
peut être qualifié de recherche énergétique et de démarche
philosophique au sens ancien du terme.
“Il y a plus de
choses dans le ciel et sur la terre, Horacio, que ta
philosophie ne peut en rêve.
“
Shakespeare
Les taoïstes sont convaincus que la spontanéité naturelle
n’est pas une caractéristique du comportement humain
habituel, emprunt de conventions sociales, religieuses et
familliales. Le retour vers la spontanéité peut être
considéré comme la recherche d’un état de conscience
naturel sans idée préconçue.. Il faut donc aller chercher
bien plus loin, à l’origine même de ce comportement
pour voir s’il n’existe pas une source
d’expression moins conditionnée. Cette source,
c’est la spontanéité de notre nature profonde.
Lao Zi a dit :
“La nature
originelle peut induire toutes les expériences. La nature
originelle est l’essence de la bonté spontanée. Etre
naturel dans ses actes c’est être toujours pur et
calme.”
On utilisera donc ici le mot Qigong taoïste pour désigner
des pratiques ou exercices qui nous permettent de nous
mettre en harmonie avec notre environnement au sens large.
Gérard
Edde
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Contes du Tao sauvage (La Table Ronde)