L’ART TAOÏSTE DE L’EPEE
Bref description de Jian, l’épée chinoise
Pour les taoïstes, l’épée (Jian) est un art énergétique, mystique et spiritueL La pratique de l’épée est ainsi liée à différentes méthodes d’évolution propres à la philosophie naturelle taoïsme :
• L’alchimie interne (Neidan) à l’origine des exercices modernes chinois de santé (Qigong)
• L’art martial interne à la croisée des chemins guerriers et spirituels et représenté par l’idéal antique du Guerrier Lettré. Le Taiji Quan moderne est issu de cette voie d’inspiration taoïste.
Pour tous cers arts anciens, l’épée constituait le sommet et l’arme la plus difficile à maîtriser. Dans les écoles d’art martiaux, on apprenait le combat à mains nues, puis le bâton long, puis diverses armes dont le sabre courbe constituait le point d’orgue. Enfin, l’épée était réservée a ceux qui s’engageaient comme disciples du maître. Dans la tradition du Tao, l’épée est considérée comme un symbole spirituel représentant l’élément Feu et l’éclair. Du point de vue de l’énergétique, l’épée est une sorte de sorte de récepteur de l’énergie spirituelle Yang. Dans les temps anciens, les épées taoïstes portaient des noms symboliques liés à leur caractère spirituel : Vif Eclair, Loi Magique, Constellations Pures...
Dans l’école des Cinq Pics (Wudang les pratiquants de l’épée ultime (Taiyu) étaient des moines. Les monts Wudang se trouvent au Nord-Ouest de la province du Hubei et les temples abritaient plusieurs milliers de moines avant la révolution culturelle des partisans de Mao. Le travail était toujours basé sur le cercle du Bagua symbole des huit transformations du Yijing. On y apprenait à se mouvoir autour d’un cercle et à mouvoir l’épée de façon circulaire. Les combinaisons étaient ainsi infinies.
L’épée servait aussi de support à la transmission et l’absorption de l’énergie (Qi) dans le cadre d’exercices de renforcement de l’énergie interne 5neidan). Le tao¨Piste s’en servait pour concentrer en lui les énergies de la terre, du ciel et de l’en, virginalement. Ces techniques permettaient de récupérer de la vitalité dans le feu du combat.
La dernière utilisation est plus mystérieuse, elle appartient à l’ancienne magie taoïste des premiers ages. L’épée servait dans les rituels à subjuguer et maîtriser les influences démoniaques. De nombreuses figures de l’épée contemporaines portent encore des noms reliés à ces pratiques : « percer le cœur du dragon », « Mulan descend aux enfers », pointer l’épée vers le serpent » …
Une croyance encore plus ancienne reliait l’âme du pratiquant à son épée, et de nombreux taoïstes furent enterrés avec leur épée. Celle-ci était alors une véritable réserve de pouvoirs magiques, telle l’épée de Li Mu Bai décrite dans Tigres et Dragons. Le romancier autrichien Gustav Meyrink a su décrire ce genre d’arme magique dans son roman « Le Dominicain Blanc , grâce a sa parfaite connaissance de la mystique taoïste :
« Je pris l’épée et la considérais longuement. Elle était de fer oligiste, qu’on appelle couramment hématite comme le sont fréquemment les bagues que l’on utilisait comme sceaux, visiblement d’origine orientale et très ancienne…Tandis que je la tenais à la main j’éprouvais un sentiment étrange, indescriptible, la sensation qu’il s’en dégageait des courants de vie. »
L’épée actuellement utilisée dans le milieu des arts martiaux chinois est une arme légère dont la pointe présente deux tranchants. On l’emploie pour esquiver et attaquer les vaines et artères de l’adversaire, particulièrement les poignets et les chevilles. Une dizaine de techniques traditionnelles font partie de l’alphabet de base de cette épée :
Ci : percer horizontalement
Zha : pervers vers le bas
Tui : pousser
Liao : relever
Pi : trancher vers le bas
Cian : pointer vers le bas
Mo : trancher obliquement
Jia : parer en haut
Hua : effectuer une mutation
Sao : balayer.
Par exemple, dans le style Chen de Taiji Quan, le plus ancien, il existe treize techniques d’épée.
La forme traditionnelle de l'épée des Huit Immortels (Ba Xian Jian Dao) appartient au style taoïste à la croisée des chemins du Bagua, et du Taiji Quan. D'une grande beauté visuelle, elle propose un développement complet du Qi (énergie vitale), de la souplesse, de la coordination et de la concentration.
Le maniement de l’épée est subtil et s’appuie sur le cercle, un proverbe dit « plus l’épée est droite, plus le mouvement est circulaire ». L’apprentissage de la forme de l’épée des huit immortel constitue une progression importante pour celui qui pratique le Tai Chi Chuan ou le Qi Gong. Cette progression se base sur les cinq mouvements (Wu Hsing), les huit directions (Ba Gua) et les treize postures. Le travail s’effectue sur trois niveaux :
• Développement du Qi : L'épée par ses mouvements longs et précis renforce l'énergie vitale dans le réseau des méridiens plus encore que le Taiji à mains nues.
• Développement de la souplesse : L'épée taoïste permet de renforcer les postures, l'enracinement, la force et la souplesse des tendons par un travail complet d'extensions et de relâchements.
• Développement de la concentration et de la méditation : L'épée demande une grande concentration et simultanément un état de relaxation profonde.
Les anciens styles taoïstes existent toujours. Ils demandent beaucoup plus d’investissement physique que les styles d’épée du Taiji Quan, les experts sont aussi plus difficiles à localiser dans la Chine actuelle.
L’épée elle-même est l’objet d’une attention particulière et devint souvent la proie des collectionneurs. On dit que l’empereur jaune Huangdi portait déjà une épée de bronze. Normalement l’épée forgée selon la taille du pratiquant.
Voici l’exemple d’une épée d’une collection anglaise ayant appartenu à un guerrier chinois d’un mètre soixante :
Longueur de la lame :: 25 pouces
Largeur de la lame : 1 pouce 1/2
Epaisseur de la lame : 1/2 pouce
Poids : 7 livres
Certaines épées anciennes ont acquit en Chine le statut de légendes telle l’épée du roi Wang, fondateur de la dynastie Zhou ou l’épée bleue de Huangong.