L’aptitude à la guérison fait partie de l’héritage naturel de l’être humain. Toutes les civilisations, modernes ou antiques, ont accordé une grande importance à l’art de guérir par les mains. Dans l’antiquité, les civilisations ne disposaient pas de médicaments, même l’usage des plantes thérapeutiques n’était pas encore codifié de manière pragmatique. On tentait alors de se soigner en utilisant ses propres ressources : le massage, l’automassage, la respiration, les compresses de plantes ou de terre argileuse. En Chine ancienne le massage acquit ses lettres de noblesse : les méthodes traditionnelles étaient riches, variées et sophistiquées. On utilisait les percussions, l’effleurement, les mobilisations des articulations, etc.
Ces arts de santé font appel tant à l’intuition qu’à une connaissance très particulière des réseaux d’énergie que les anciens philosophes de la nature, qu’étaient les taoïstes, avaient développée au plus haut point. Cette codification de l’énergétique advint surtout lors de la période dite des « Royaumes combattants » (Ier siècle av. J-C). Sous l’influence des enseignements des philosophes taoïstes Lao Zi et Zhuang Zi, le célèbre médecin Bian Qe utilisait des techniques manuelles sophistiquées pour soigner son vénérable patient le prince Zao.
Un des grands classiques de la médecine traditionnelle, le Nei Jing précisait :
« Lorsque les méridiens de l’énergie sont obstrué et que l’on ressent des engourdissements, on doit recommander le massage. »
Ce même ouvrage de référence insiste sur la valeur de la méthode de pression sur les points énergétiques :
«Lorsque la maladie est sérieuse, nous devons utiliser la méthode qui consiste à presser sur un point pour surmonter le désordre énergétique»
La digiponcture taoïste, ou art de presser (Dian Shen ou Tien Chen) les points d’acupuncture, fait partie de l’une des vingt méthodes de massage taoïste anciennes. Basé sur le ressenti de l’énergie vitale et sur une méthode simple mais efficace, elle surpasse les simples manipulations courantes sur les points d’acupuncture. Traditionnellement, il existe six outils naturels de pression :
• le pouce
• l’index et le majeur associés
• l’index, le majeur et l’annulaire associés
• l’association de quatre doigts
• l’association des cinq doigts
• l’utilisation simultanée des deux pouces pour presser des points opposés
Dans cet ouvrage nous avons choisi la méthode taoïste qui consiste à presser avec le pouce. C’est la plus précise de toutes, et de plus, elle permet d’émettre l’énergie vitale au niveau de la jointure des deux premières phalanges (voir dessin à la page suivante).
Stricto sensu, les actions qui consistent à manipuler les points d’acupuncture à l’aide des doigts ou de la main entière sont au nombre de vingt-quatre. Chacune de ces vingt-quatre méthodes comporte plusieurs variantes et certaines exceptions, ce qui fait du travail manuel de l’énergie un art aussi complexe que l’acupuncture elle-même.
La digiponcture, au contraire, est un art de santé simple, basé sur la sensation et l’intuition. Le nombre de méthodes qu’elle comporte est réduit, ainsi que le nombre de points ou zones qu’elle emploie.
DIGIPONCTURE ET ÉNERGÉTIQUE CHINOISE
Les
théories du Yin-Yang, des cinq organes
vitaux (Zhang Fu), des
méridiens
et canaux de
l’énergie, constituent les bases théoriques du
massage ancien des portes de jade
ou points de
digiponcture.
Les racines de la digiponcture sont issues
d’anciennes traditions populaires et monastiques du
taoïsme. La digiponcture ne se contente pas d’un
simple massage technique des points d’énergie comme
la digitopuncture classique. Elle se bonifie grâce aux
méthodes d’accumulation et de transmission de
l’énergie du Qigong ancien : le Dao Yin des
taoïstes.
En fait, la digiponcture taoïste allie l’efficacité
de trois méthodes millénaires efficientes par
elles-mêmes :
• le massage manuel des points d’acupuncture
• la transmission consciente de l’énergie vers
les doigts.
• la visualisation et le calme mental.
Nous reviendrons en détail sur la description de ces trois
aspects qui donnent à la digiponcture sa valeur
exceptionnelle. De plus, la digiponcture s’appuie sur
la philosophie naturelle du Tao, et constitue aussi une
excellente méthode de relaxation et de
concentration.ENERGIE
ET ÉMOTIONS CONFLICTUELLES
Le
Neijing Sowen est l’un des plus anciens textes de
l’acupuncture, c’est aussi l’un des
premiers classiques établissant la philosophie taoïste. Il
propose une vision globale de l’être humain intégré
dans son environnement physique et spirituel. Le massage
des points d’énergie y est suggéré comme remède aux
troubles internes causés par les émotions conflictuelles :
«L’énergie et le sang
sont affectés par les différents mouvements internes et
externes d’une personne au cours d’une journée.
En particulier les émotions conflictuelles comme la colère,
la rage, l’anxiété, la tristesse, la mélancolie et la
joie hystérique troublent l’énergie. Par exemple, si
l’on reste éveillé trop longtemps pendant la nuit,
l’énergie des reins décline rapidement. Cette
déficience s’accompagne de difficultés respiratoires.
D’aucuns penseront qu’il s’agit là
d’un refroidissement, mais en fait la cause en est un
épuisement de l’énergie des reins dû au stress et à
la veille prolongée... Seule une méticuleuse observation de
la complexion permettra au thérapeute de découvrir la cause
de la maladie...»
Des
exemples de ce type abondent dans cet ouvrage précieux où
sont décrits avec précision les différents facteurs
émotionnels des maladies. Ce tissu de causes semble
extrêmement complexe et subtil, mais l’essence de la
guérison est relativement simple : le respect de
l’environnement naturel intérieur et extérieur est
le credo
de la pensée taoïste.
Devant une telle découverte, l’Empereur Jaune du
Neijing ne peut que s’exclamer :
«Ah
! Finalement je comprends les subtilités de l’art de
guérir. Je ne peux en recevoir l’essence sans
m’émerveiller et garder ces enseignements comme un
trésor. Je dois les garder dans ma chambre secrète et le
préserver de manière à les transmettre aux générations
futures.»